09 mai 2008
3 jours sans internet
L'invraisemblable est finalement arrivé: trois jours de connection morte, serveur introuvable, panne générale.
Que fait une internaute et blogoholique impénitente de trois jours sans internet?
Étrangement, rien - pas de révolte, pas de frustration. On dort, on chôme, on rêve, on boit, on dessine.
On s'en va une fois de plus vers les hauts du Jura pour y rencontrer la forêt et ses habitants, on redescend voler des glycines et des lilas aux jardins.
On écrit, sur papier, et on croque de nouvelles histoires, à filmer peut-être un jour; on réinvente des scénarios (le projet The Unfamiliar recommence à avancer après quelques mois d'impasse).
Et lorsque la voix de l'opérateur Swisscom se confondant en excuses vous annonce que la connection est rétablie, on découvre plein de nouvelles choses étonnantes et stimulantes que les amis vous ont envoyé, par exemple celle-ci
01 mai 2008
Une journée perdue?
Je me réjouissais de ce jour-cadeau, un congé immérité et offert par la chance. J'avais mon petit plan, aller me balader sur les hauts du Jura et possiblement dénicher quelques animaux.
Mauvaise surprise: dès le matin, météo pourrie, nuages et pluie. :-( Que faire alors?
9h: j'ouvre ma mailbox et découvre un message apocalyptique d'un ancien ami. Téléphones tous azimuts, Centre des Thérapies Brèves, cliniques, justice genevoise.
11h: j'ouvre encore ma mailbox (erreur, me direz-vous) et découvre un message du cameraman censé intervenir dans un projet important (explication dans quelques semaines, TOP SECRET pour le moment): il ne peut pas, doit partir en Allemagne. En outre, aucune trace des rushes que j'aurais dû recevoir du Cambodge et Amérique Latine. Téléphone au commanditaire: impossible de bien travailler comme ça, réfléchissez, explications fleuve, l'autre semble ne rien comprendre, mais comment, pour produire un film de 4 minutes il faut plus de 4 minutes? Ah bon? :-(
12h: message catégorique à l'auteur du script et actuelle directrice du projet.
13h-14h: mon amour m'envoie des messages à répétition du bord de la Méditerranée, où il se trouve actuellement, avec ce type de propos vaguement délirants que la passion suggère. Je rends coups pour coups.
15h-17h: sors résolument, fais un peu les marchés et les vitrines de Genève, trouve 2 magnifiques pièces de tissu indien, l'idée: proposer à Maman de m'aider a rafraîchir les coussins des 6 chaises de ma grande table.
18h: téléphone de Marco S., connaissant et ami de l'ami sinistré qui a envoyé l'e-mail ce matin. Personne raisonnable et généreuse (ça existe?). Élaboration d'une stratégie commune et plans A et B pour prendre en charge le sinistré: je raccroche soulagée et satisfaite.
19h: dernière ouverture de ma mailbox et - cette fois ce n'est pas une erreur! - découverte d'un message du commanditaire ramolli, qui m'offre un délai d'un mois supplémentaire ET des rushes du Guatemala, du Cambodge et du Salvador.
20h: téléphone de Maman qui est toute heureuse du projet "chaises"; elle déteste l'inactivité, me dit-elle.
21h: surprise: appel d'une amie géorgienne que je n'ai pas vu depuis une année.
Fin de journée... dans un paquet-cadeau il n'y a pas toujours ce qu'on a souhaité recevoir, mais le cadeau inattendu s'avère souvent bien plus intéressant, me disait une camarade chrétienne-orthodoxe.
03 mars 2008
Blogo-grand-maman
Marie.L, qu'en secret j'avais nommée "ma blogo-grand-maman", a rejoint ma vraie grand-maman.
"Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et le tourment de la mort ne les touchera pas." Sagesse 3, 1-3
19 janvier 2008
Journal très intime
Qu'est-ce que je peux en dire?
Mais vite, en quelques lignes, avant que le courant ne l'emporte - comme tout être aimé! Car rien, personne ne reste, je m'en suis convaincue depuis longtemps; à part les images, qui survivent un certain temps aux choses et aux êtres, telle la pellicule translucide que le serpent se laisse derrière après la mue; et ce qu'on écrit, musique ou littérature, qui arrive parfois à prolonger (je me garderai bien d'écrire immortaliser ou éterniser) les émotions.
La première chose que je sens, lorsque j'y pense, c'est son parfum. Je ne parle pas d'eau de cologne ni d'essences, non; je parle de ce mélange, composé des substances dont on s'enduit, des odeurs que dégagent le lieux dans lesquels on passe le plus clair de son temps, et de l'odeur naturelle de la peau et des cheveux. Et là, c'est terriblement bon, c'est enivrant, et ça parle. Oui, ce genre d'odeur ne peut pas rester sans voix; elle se traduit: des chapitres entiers d'anciennes histoires, des bribes de murmures d'elfes, et des berceuses. Quoi de plus délicieux pour une truffe de louve!
La deuxième, c'est une sensation physique de douceur. Curieusement, ce n'est pas masculin.
C'est maternel.
Ses yeux sont si grands qu'ils sembleraient tristes, si la bouche n'était pas là pour sourire.
Bien sûr, il y a eu et il y a encore tout plein de choses: nous avons connu une relation purement professionnelle, puis amicale, je pourrai donc parler de sa profession, de ses origines, de ses talents ou de sa façon de parler, de sa culture ou de son humour.
Et pourtant, ces trois premières choses - parfum, douceur, grands yeux - sont là à parler d'elles-mêmes, elles n'ont besoin de rien d'autre pour exister. Tout ce qui existe d'autre a été écrit par dessus, comme une partition sur son beau papier couleur d'ivoire; harmonie ou trahison?
Que va-t-il rester d'autre? De petits gestes que je trouve chou.
Enlever ses lunettes, pour le plaisir de voir la lumière du matin dans le flou.
Me téléphoner pour me dire "Je suis en train de chanter" et "Aujourd'hui, j'ai planté un cerisier".
23 décembre 2007
Les questions d'un loup
To dare to live alone is the rarest courage; since there are many who had rather meet their bitterest enemy in the field, than their own hearts in their closet. (Charles Caleb Colton)
Pourquoi la vie solitaire a-t-elle un côté agréable et, au fond, séduisant?
There are days when solitude, for someone my age, is a heady wine that intoxicates you with freedom, others when it is a bitter tonic, and still others when it is a poison that makes you beat your head against the wall. (Colette)
Si on vit en solitaire depuis toujours, sait-on vraiment ce qu'est la solitude?
Pour
connaître la solitude, ne faut-il pas avoir appris l'attachement? puis faire l'expérience de la séparation et connaître le goût de
l'absence?
Je vis en ce moment ce vertige. Je lutte; et je pense que si j'apprenais à l'accepter - l'absence? la disparition? je pourrais cesser d'être solitaire, pour être simplement, de temps en temps, seule .
Only solitary men know the full joys of friendship. Others have their family; but to a solitary and an exile, his friends are everything. (Willa Cather)
11 septembre 2007
Un rayon de soleil, ou deux
Regardez qui est venu me tenir compagnie... chose remarquable, elle s'appelle Rodolfo, prénom décidément masculin - faut dire que sa vraie maîtresse est une enfant, et que derrière sa petite adorable frimousse elle doît avoir un côté vaguement incendiaire. Comment expliquer autrement qu'elle impose Rodolfo à sa maman (qui a déjà trois chiens, deux chats, un lapin et quatre enfants, et qui a clairement très peu d'enthousiasme pour les petites bêtes malodorantes) et à son beau-père (allergique aux poils de furet)?
Rodolfo est collectionneuse: la dernière fois qu'elle est venue chez moi, j'ai découvert une cachette contenant 3 cuillères à thé, 1 briquet, 1 stylo, 1 coupe-papier, 1 couteau de cuisine, 1 cracker au sésame.
Par ailleurs elle a un penchant pour la musique: je l'ai déjà découverte en train de servir de marque-page dans ma partition.
Car (deuxième petit rayon de jour) le Choeur Diakoff reprend son activité en version reduite et exclusivement féminine (12 voix de femme). Nous avons un programme très chargé: concerts à l'Abbaye de Bonmont et à l'église de Sainte-Croix, ainsi qu'au château de Buffavent et à un deuxième château dont j'ai même oublié le nom...
Il fait bon d'oublier un peu la tristesse. D'ailleurs Louveteau m'aide en saupoudrant de sa naïveté et de son humour même les détails les plus macabres. Il m'a dit: "Tante, quand tu meurs, n'oublie pas de venir te faire enterrer en Italie".
24 août 2007
Serment
Mon Louveteau jure que
lorsqu'on aura inventé une thérapie efficace contre le cancer, il ira
au cimetière et sortira son papa de la tombe: il jure qu'il va l'arracher à la mort.
ça ne marchera pas, il le sait. Quoi que...
Il essuiera toute larme de leurs yeux,
et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni
douleur.
Apocalypse 21.1-4
... le commentaire de Jipes m'a fait penser à un merveilleux morceau de Bach, que je vous invite àécouter en cliquant ici
Mon Louveteau est orphelin
Les absurdes décorations de cette salle d'attente qui se veut accueillante, papillons verts et rose, fausses fleurs en cascade, un malheureux petit oiseaux dans une cage et des poissons rouges et noirs dans un aquarium. Moi et mon Louveteau sommes affalés sur un canapé, appuyé l'un à l'autre, lui bouquine une ancienne édition de Mickey Mouse: pour se distraire.
Curieux, comme la mort va et vient à un endroit pareil. La normalité sait reprendre ses droits, on voit les gens aux yeux rouges et aux visages bouffis se mettre à rire nerveusement, on les entend parler des pièces à ajouter dans le parcomètre. Pendant que les lions de la douleur rôdent en quête de chair.
Nous sommes déjà entrés et ressortis de la chambre, car son père l'a reconnu, il s'est soulevé dans un dernier élan, a souri, lui a adressé un dernier clin d'oeil, puis a sombré dans le sommeil imposé par la morphine - le combat est terminé, mais Louveteau espère encore naïvement, je le sais. Après un repas qu'il a pris dans la bonne humeur, nous avons fait une dernière tentative, nous nous sommes rapprochés du lit. Les plis du t-shirt retombent sur le corps horriblement amaigri de celui qui fut un grand et bel homme jovial; la poitrine se soulève encore douloureusement, mais le rythme ralentit. Avec un courage totalement mystérieux pour moi, le Louveteau contemple l'affreux masque de mort, qui lentement se dessine à la place du visage de son père. On nous renvoie à la maison, pour nous épargner le dernier acte. Nous nous endormons dans la même chambre, lui dans son lit et moi dans un lit de camp à côté.
Le matin après j'ouvre les yeux, la lumière blême d'une lampe de poche erre dans le noir, derrière j'aperçois le visage hagarde de ma soeur. Pas besoin de demander quel genre de nouvelles elle vient de recevoir. Nous flâneront un peu dans les rues du centre adoucies par le soleil, le stand d'un marchand de fleurs attirera notre attention, le Louveteau achètera un bouquet de roses - il hésitera entre blanches et rouges, ce sont les rouges qu'il va choisir. Nous voici dans la chapelle, confrontés à un mannequin de cire tout habillé, allongé sur une table et couvert d'un drap blanc. Encore une fois Louveteau va m'épater, car il se dirige vers le mort et en embrasse le visage sans ciller - je n'aurai pas le même courage.
Arrive un vieux moine à la barbe blanche, sa tunique noire traîne tristement. J'essaie d'expliquer au
Louveteau ce que signifie lux perpetua luceat eis. Il me demande si c'est comme dans les dessins animés, où on voit les héros s'envoler au dessus des nuages. Pas vraiment... quoi que...
Certaines choses l'agacent: pourquoi le mort de la chapelle à côté a droit à d'imposantes installations florales, à un présentoir avec un grand livre, et pas son papa. On lui explique que ça va venir, à une heure et demie. Comment se passe un enterrement, va-t-il être obligé de porter un costume et une cravate. Mais non, qu'importe la tenue.
Pendant le repas - très abondant, car il a faim - il me dictera un texte élaboré à publier dans le journal. Un ami de vieille date de son papa, qui accourt de Rome, lui offre un petit louveteau en peluche, le symbole de l'équipe de foot romaine.
Six mots hideux, griffonnés par les médecins de la clinique italienne:
K renale metastasi ossee metastasi epatiche
Six mots, la fin d'un monde d'espoirs, projets, affects.
D'autre part, toute cette tendresse désespérée, cette douceur, ce quelque chose qui s'obstine à s'affairer en vain jusqu'au bout. Je hais toute cette littérature cynique, qui nous amène à sous-estimer la place que nous avons dans ce monde, et le vide que nous laisserons.
09 août 2007
Ma Dilettante préférée...
...A conservé ce texte, que j'avais écrit il y a plus d'une année sous forme de commentaire, sur le blog d'une connaissance commune. Elle a eu la gentillesse de me le renvoyer, hier. C'est ça, une amie.
Depuis mon enfance,
les ainés de ma famille ont parlé de la
beauté extraordinaire de ma grande-mère paternelle ; personne n'a cependant
jamais vu une seule photo de cette femme.
Pourquoi? On dit que mon
grand-père (en proie à un accès de colère) aurait allumé le feu avec toutes les
photos de son épouse, la croyant infidèle.
Or, une de mes
tantes
aimait faire les marchés aux puces des petits villages de sa région,
en quête de petits trèsors ménagers (vieilles marmites en cuivre, vieux pots
en céramique etc.). Un jour de marché dans un petit bled campagnard, l'amie qui
l'accompagnait lui indiqua un portrait à l'aquarelle exposé à un stand:
"Regarde, Béatrice, on dirait que c'est toi en plus jeune!".
Effectivement,
le portrait lui ressemblait, mais ma tante n'avait jamais posé pour un peintre. Le portrait lui rappelait un autre visage aimé. Elle se renseigna auprès de la personne qui
mettait en vente le portrait, remonta jusqu'à son auteur; la femme peintre
lui raconta avoir utilisé comme modèle la photo, trouvée chez des amis, d'une jeune femme
extraordinairement belle, . Ma tante put reconstruire
l'époque, l'âge de la photo, sa provenance: il s'agissait d'une photo de sa
mère, ma grand-mère, à l'âge de 20 ans, conservée chez des amis de la famille et ainsi soustraite à la furie de mon grand-père.
Ma grand-mère
est morte depuis longtemps, le portrait vit chez ma tante.
05 août 2007
Fragments mobiles
Je termine gentiment mon court-métrage "Waiting Room", il ne manque plus que quelque opérations de montage et l'enregistrement audio (simple, car le les dialogues ne sont pas la partie essentielle du film). J'ai l'impression qu'autour de tous ces projets actuels (court-métrage, festival) se forme peu à peu un réseau d'amateurs ou sémi-professionnels désireux d'apporter leur contribution. C'est bien.
Pendant ce temps-là, côté moins rose, les conditions de mon beau frère (le père du Louveteau!) s'aggravent et nous craignons le pire. La santé de ma soeur n'est pas non plus des meilleures. Le Louveteau est courageux mais voit la débandade de sa meute, ce n'est pas facile. Je me rendrai bientôt en Italie pour donner du renfort.
Pour me distraire un peu, hier je suis allée voir la Fête du Lac d'Annecy en compagnie d'une jeune homme très charmant.

Il m'a prise en photo, j'ai fait un Titi le Canaris avec de la glace, il m'a reprise...















