23 juin 2006
(presque) tout sur ma mère
Elle mérite plus qu'un billet.
Maman est italienne. Elle cuisine divinement et regarde depuis 50 ans les mêmes films américains, prétendant qu'elle ne se souvient pas de la fin. Mais attention, elle a aussi la collection complète des Woody Allen (c'est un régal lorsque je vais la voir).
Je peux maintenant parler d'elle avec fascination et affection, alors que notre relation a été froide et conflictuelle pendant toute mon enfance et mon adolescence.
Outre son amour pour les animaux, dont j'ai déjà fourni un exemple, elle possède une magnifique et inimaginable naïveté.
Lors d'une de ses visites en Suisse, elle a fait une descente en ville, toute seule, et est revenu ravie. "On voit que les gens d'ici sont tellement plus honnêtes que chez nous", m'a-t-elle dit. J'ai tout de suite soupçonné quelque chose de louche. "Pourquoi?" Elle fouille dans son sac. "Les Suisses ont inventé d'étranges billets de bus: ce sont des billets en plastique, tout colorés (elle extrait son fabuleux gadget et me le montre avec fierté). On les introduit dans la machine pour les composter, mais aucune trace n'y reste imprimée. Ils n'ont donc aucune possibilité de vérifier si le billet a réellement été composté." Je sais que tout cela relève de la SF, car j'utilise régulièrement les transports publiques suisses, mais je ne dis rien et la laisse avancer vers sa très logique conclusion. "Donc, ils ne vérifient pas, ils font confiance aux gens. C'est clair, les gens d'ici sont tellement honnêtes, qu'on peut leur faire confiance les yeux fermés".
J'ai de plus en plus de peine à dominer le fou rire qui me gagne; mais comment expliquer à maman que le "billet de bus" qu'elle a acheté est en fait une carte magnétique; que cette carte n'est pas destinée à être compostée, mais à payer le billet (par soustraction d'une somme donnée) que le distributeur automatique va émettre; que pour que ce miracle s'accomplisse, il faut introduire la carte dans la machine, puis sélectionner le billet désiré (libre circulation pendant 60 minutes, 1/2 tarif etc.) et attendre l'émission du billet... qu'il faut évidemment retirer et exhiber en cas de contrôle. Qu'elle vient d'arnaquer les honnêtes suisses 5 ou 6 fois, en resquillant.
Eh bien, pour éviter que maman soit rudement interpellée et sanctionnée par un contrôleur dépourvu de tout esprit romantique, je suis bien obligée de lui expliquer tout cela.
C'est terrible, c'est comme révéler à un enfant que le Père Noël n'existe pas.
Par contre, il y a d'autres illusions que je ne veux pas briser: par exemple, elle pense que si elle avait à faire à la Mafia, elle s'en tirerait bien, parce qu'elle a vu tellement de films. Là, je la laisse croire... et qui sait, la naïveté est parfois une arme...
23 janvier 2006
Le retour du loup
Grâce aux encouragements de
Charlie, le loup aura encore une fois une place d'honneur sur ce site.
J' ai envie de vous parler de celui qui fut mon meilleur ami humain: un grand original, presque aussi incompris que moi, qui me sauva la mise dans la contrée de Gubbio, lorsqu'un bande de villageois armés de fourches et faucilles avait décidé de me réduire en purée - et pourquoi tant de haine? Ils ont rendu leurs animaux domestiques si stupides qu'ils ne savent plus courir, ce n'est pas étonnant qu'ils finissent dans la gueule du loup...
Cet humain étonnant s'appelait donc Francesco et vivait au coeur d'Italie - une de mes régions préférées à l'époque, des collines serrées, des vallées profondes et des forêts à revendre. Notre rencontre ne date pas d'hier, nous étions aux environs de 1200. Son père était un marchand et le voulait marchand; lui, Francesco, aimait la forêt autant que moi et jamais ne se serait adapté à passer sa vie dans une boutique.
Alors il remit consciencieusement à son papa tout ce qu'il avait reçu de lui, y compris tous ses vêtements: geste courageux, car son corps, contrairement au mien, n'etait pas recouvert de fourrure, et ses congénères (bien plus pudiques et frileux que les miens) ont quelques difficultés à se passer de vêtements. Il suffit de regarder la tête qu'ils font dans les fresques de Giotto qui illustrent l'événement.
Francesco s'arrangea donc pour être aussi pauvre qu'il pouvait, et sagement échappa à l'ennui de la vie publique (que nous autres fauves détestons). Tout comme moi, il fut parfois solitaire, mais eut aussi des amis, fidèles et braves, comme les membres de ma meute que les chasseurs ont exterminé (venant de ma part, ceci est un compliment). Il raconta à tout le monde qu'il était ignorant, et évita ainsi (habilement!) les questions assommantes des philosophes, des théologiens et des autres pédants de l'époque. Il vécut donc aussi libre qu'on peut l'être; ses deux grands amis furent la nature et son illustre Concepteur.
Et puisqu'en réalité il n'était pas ignorant du tout, il écrivit des choses merveilleuses, comme le Cantique de Frère Soleil (Cantico delle Creature ou Cantico di Frate Sole).
Francesco aimait les animaux et avait une prédilection pour les oiseaux; plus d'un humain croit qu'il ait été capable de communiquer avec eux - et Giotto en semble convaincu. Personnellement je ne m'adresse pas aux oiseaux, ils m'énervent et je les effraie. Francesco avait quand même un tempérament bien plus doux que le mien.
Et les femelles de son espèce? Il ne les méprisait pas, loin de là; seulement, son approche de la question était - comme toujours - extrèmement original. Lorsqu'une célèbre courtisane l'invita dans sa chambre, il accepta; mais il ne voulut pas se coucher dans son lit et lui proposa une autre couche plus adéquate. Il l'amena vers un énorme brasier, quitta sa tunique (décidément, la nudité ne le gênait pas) et se coucha tranquillement sur les braises; il l'invita à le rejoindre, en lui tendant les bras. La demoiselle fut fort embarassée et déclina, mais l'affaire la fit sérieusement réfléchir. Elle comprit qu'elle avait du chemin à faire, avant d'entrer dans le lit d'un saint. Inutile de dire que Francesco s'en tira sans le moindre dommage, et que lorsqu'il sortit du brasier sa peau était intacte.
Bref, vous avez compris que mon souvenir de cet homme exceptionnel est imprégné de reconnaissance et d'affection. Pour mes congénères cela est synonyme de fidélité durable et inconditionnelle. Si vous croyez qu'on ne peut pas faire confiance à un loup, c'est que vous ne nous connaissez pas.
14 décembre 2005
L'argent
Voici une histoire qui m'a été racontée, figurez-vous, par un Frère dominicain. Encore une fois, je ne connais pas la source de cette histoire et j'en demande d'avance pardon à l'auteur, tout en lui tirant mon chapeau bien bas.
Un homme était très riche mais très solitaire.
Il se sentait malheureux et triste et ne trouvait pas de remède à son état dépressif.
Quelqu'un lui conseilla alors de se rendre chez un sage très connu pour se faire conseiller.
Le sage écoute l'histoire de l'homme, le prend par la main et le conduit devant une fenêtre. "Regarde à travers la vitre" dit-il "qu'est-ce que tu vois?"
L'homme répond: "Je vois la vie! Des enfants qui jouent dans le parc, la rue, des marchands avec leurs piles d'étoffes colorées, des femmes qui portent leurs corbeilles, des jeunes qui flirtent, des hommes qui discutent avec les amis!"
Le sage reprend l'homme par la main et le conduit devant un miroir. "Regarde: qu'est-ce que tu vois?"
"Moi-même, seul" répond l'homme tristement.
"Bien" dit le sage "tu sais ce qui fait la différence entre la vitre de la fenêtre et ce miroir?" "Non, dis-le moi".
Le sage sourit: "C'est une mince couche d'argent".
Je dédie cettte histoire à mon connational Silvio B... (allez, devinez, je n'ai pas le droit d'écrire le nom en entier) et à son échelle de valeurs un peu tordue.
09 août 2005
Nostalgie de Cinecittà
Oui, je m'en suis souvenue hier soir en discutant avec des amis...
C'était l'été, j'habitais avec mes grandparents dans une petite ville sur la côte adriatique. Papy a travaillé jusqu'à un âge impensable pour une maison de production: donc, accès gratuit au cinéma du quartier pour tous les petits-enfants. Nous débarquions les quatre, guidés par notre patiente grandmère; le ciné était en plein air, le chaos le plus total y régnait pendant la projection: enfants qui bouffaient et adultes qui fumaient, ados qui se faisaient des farces et se roulaient des pelles, mères qui papotaient sans cesse pendant tout le film, cris de bébés, et par dessus tout les familles du voisinage qui "resquillaient" depuis le balcon ou la fenêtre de leur appartement. Quant aux films: qui ne se souvient pas de Zorro et deTarzan ... Mais je suis sûre que vous avez râté Maciste, champion de gonflette qui se balade en minijupe toute l'année: évidemment, lui est issu tout droit de Cinecittà, il ne s'est jamais frotté à Hollywood.
Le vrai délice était que les scénaristes, à court d'idées au bout de la soixantième aventure du même héro, commençaient à pasticher et voilà que Zorro se retrouvait à côté de Maciste dans un décor du Far West, que Tarzan se faisait harceler par les martiens (très antiécologique ça, en pleine jungle), Maciste et Dracula n'auraient d'ailleurs pas tardé à s'allier contre le Capitaine Némo, et j'en passe...
Nous on s'en foutait, grandmère nous gavait de bonbons qui nous coloraient les gencives; il y avait juste mon cousin qui piquait une crise chaque fois que Zorro se relevait d'un combat contre une anaconde avec de fâcheuses traces blanches de poussière sur son beau costume. Grandmère redoublait la dose de bonbons et tout s'arrangeait.
Vous comprenez maintenant ma passion pour le film et la fiction en général.
04 août 2005
Pâtes et tomates: ce que vous auriez toujours aimé savoir


Quoi de plus célèbre dans le monde entier que les pâtes italiennes, quoi de plus banal que la sauce tomate sur les pâtes... et pourtant peu de gens savent que:
* il existe plus de 100 formes de pâtes
Toutes ces formes différentes n'on pas été créées seulement pour le plaisir des yeux. Des formes différentes de pâtes permettent aussi des assaisonnements différents, plus variés et plus réussis. 
Si les spaghetti, célèbres dans la planète entière et bientôt aussi sur Mars, sont excellents "allo scoglio", avec des fruits de mer et des coquillages non décortiqués, d'autre part d'autres pâtes comme les conchiglie et les pipe ont l'avantage de pouvoir retenir dans leurs cavités une sauce particulièrement liquide. 
Les fusilli tortillés, les impensables mafaldine (qui ressemblent à des rubans garnis de dentelle!!!) et les farfalle qui imitent les noeuds pap', ont aussi leur manière spécifique de se marier à une sauce.
Et d'autres, comme les anellini, la tempestina, les quadretti, les stelline se consomment dans un bouillon de boeuf ou de poule.
* des légendes ont fleuri autour de l'invention de ces différentes formes de pâtes, mais je ne les connais pas toutes. J'ai l'impression d'avoir entendu (dans mon enfance!) une légende émouvante autour des anellini, qui ressemblent à de petites alliances nuptiales. Par contre je me rappelle avec certitude qu'il y a 30 ans Barilla a fait dessiner une nouvelle forme de pâtes par un styliste; que ces nouvelles pâtes s'appelaient "marille"; qu'elles avaient à peu près la forme d'un " β " et qu'elles coûtaient... quelque chose comme 50 Euros le paquet!
* il y a autant d 'espèces de tomates que de formes de pâtes. Toutes les tomates ne peuvent pas être utilisées pour faire une bonne sauce. Les meilleures sont les San Marzano, à forme de poire, alors que d'autres espèces sont excellentes en salade, ou farcies au four.
Sources des images: http://barrere.claude.free.fr/biodiver.htm
http://www.pasta.it/
02 août 2005
La face cachée de la douce ménagère italienne
Ce n'est pas un balai ni un rouleau à pâte et encore moins une ombrelle que brandissent ces femmes: c'est un fusil.
Elles étaient élevées à la dure et ignoraient les romantismes, elles vivaient dans une société oppressante et injuste.
Elles avaient des convictions politiques audacieuses, elles étaient désespérées, ou simplement follement amoureuses, chacune d'elles eut une histoire différente.
Ele quittèrent la maison pour le mâquis et le balai pour le fusil, suivant un homme aimé ou voulant venger un mari assassiné. Elles s'inventèrent leur propre loi, ce qui est certainement critiquable mais o combien courageux.
J'avoue qu'elles me fascinent : nous les appelons les "brigantesse". Ce sont les femmes qui se joignirent au mouvement des brigands (sorte de "fronde", de cellules sauvages de résistants qui se formèrent à certaines époques de l'histoire). 

























