26 juin 2008
Cadeau pour tous
Un cadeau pour tous, car je suis heureuse (cliquez sur l'image pour déguster une vraie perle)
Hier, nous étions au bord d'un bassin. Nous observions les nombreuses pétales de rose qui flottaient doucement à la surface de l'eau... ...lorsque nous nous sommes aperçus qu'un garçonnet laissait tomber les pétales, du haut d'une terrasse, sur une fillette qui se baignait....
Cette image représente, d'une façon un peu naïve et maladroite, le lien (si important pour moi) entre la tendresse et la nourriture physique.
23 juin 2008
La sonnambula
E cu 'a scusa ch'è na sunnambula,
chesta bambola, nèh, che fa? (Renato Carosone)
Histoire de l'errance nocturne d'une mauvaise dormeuse...
Elle chemine le long des rues désertes de son quartier, en direction de la banlieue. Pardon: à Genève, il est interdit d'appeler banlieue la banlieue: ce sont des "communes voisines", qui ont peu à peu fusionné avec la grande ville. Les buildings font place aux vieilles maisons basses; Lobita continue... et se perd. Elle repère la silhouette sombre des montagnes, sachant qu'à quelques mètres de là ça doit être la frontière et la France.
Un étrange petit château blanc, décoré de
frises colorées. Jamais rien vu de semblable en Suisse: Lobita se croît
transportée dans la petite ville mussolinienne de son enfance, où les
bourgeois avaient fait construire des maisons en style colonial. Est-ce qu'elle se déplace dans l'espace ou dans le temps?
A l'entrée d'un ancien jardin, une fouine contourne rapidement un pilier de vieilles briques. Puis le reflet blafard des réverbères éclaire un bâtiment carré, semblable à une grande maison au toit pointu: la mairie du village.
Plus loin, à sa gauche, la masse sombre d'un parc. A travers de grillages, qu'un petit enfant pourrait escalader, des allées proprettes en gravier, des tonnelles et des arcades de verdure.
...et une construction. On dirait une maison, en brique, à deux étages; mais c'est une maison aux énormes fenêtres sans vitres, c'est une maison sans toit. Est-elle en construction? Rien n'indique l'existence d'un chantier en cours. Un regard à l'intérieur révèle ce qui ressemble à un bassin. On dirait qu'on a voulu récréer la structure d'un bain thermal romain. Mais qui? pourquoi? Et comment ici, à la lisière de Genève? 
Une passerelle étroite se perd dans l'ombre d'un quartier encore plus sombre et campagnard. Lobita aperçoit un toit, un clocher. Elle n'en croit pas ses yeux: c'est bien un clocher en bois, c'est bien une croix orthodoxe.
Lobita dans le jardin de la petite église en bois, qui est peut-être arrivée de Sibérie, à cheval d' une nuée. A la faible lumière qui émane de la rue voisine, quelque chose qui ressemble à un panneau; ça pourrait être la carte géographique d'un pays, mais elle est reproduite sur un support transparent.
La Roumaine? Mais que sont ces symboles bizarres, dont la carte est clairsemée: on dirait parfois des tibias croisés; Lobita ne comprend pas le roumain, mais reconnaît des racines latines, parentes de "concentrer", "exterminer"; pire, des racines russes: "gulag".
C'est une géographie de douleur, une géographie de massacre que cette carte illustre, et une petite inscription en français le confirme: c'est l'histoire de la lutte des chrétiens roumains contre le matérialisme soviétique, qui voulut anéantir tout ce qui était spirituel.
Lobita est bouleversée; et pourtant, à la sortie du jardin, de gentilles créatures viennent à sa rencontre: un hérisson affairé, puis une petite étoile qui se balance au bout d'une feuille - un ver luisant. Tout est là pour rappeler l'invincibilité de la vie. Et Lobita se sent mystérieusement heureuse.
C'est le matin à présent. est-ce que les lieux que j'ai vu la nuit dernière existent? Vaut-il vraiment la peine que je vérifie?
Car si l'ange qui veille sur mes nuits transforme mes pas en pèlerinage, comment ma volonté consciente ferait mieux...
Ce billet est tout particulièrement dédié à Dim, sans lequel mon projet de film pour IBJ n'aurait jamais vu le jour.
19 juin 2008
Les nouvelles aventures de Lobita et Calinou
Cette fois, c'était oser cheminer vers les hauteurs et le froid. Après une balade tranquille au coeur de la Forêt d'Aletsch, qui borde le plus beau des glaciers;
après une douce nuit dans une suite de l'ancien château, où l'excentrique Monsieur Cassel invitait Winston Churchill (mais que faisait là-bas ce fumeur de cigare?), il a fallu se lever avant l'aube et cheminer le long des sentiers alpins. Dure épreuve!
A mi-chemin, un troupeau de biches, guidées par leur Prince de la Forêt, a traversé notre sentier, descendant vers la vallée. Nous avons pu les suivre un long moment , à l'aide de nos jumelles.
Puis, nous sommes arrivés au lieu prévu, où la récompense nous attendait. Sur la crête , contre le ciel qui virait au rose pâle, ils étaient là, fiers et magnifiques. Qui? Cliquez ici pour le découvrir...
Et si vous voulez apprendre plus sur l'histoire de ces lieux extraordinaires, cliquez sur la photo...
12 juin 2008
Notre concert aux Voix du Prieuré
Pour vous donner un aperçu du concert que je décris dans le dernier billet... Notre petit ensemble de 10 voix féminines, en première ligne, est habillé en noir-or, alors que les personnages vêtus en blanc (derrière nous) appartiennent au Choeur Départemental de Haute Savoie et écoutent poliment notre performance :-) 

... et vous voyez aussi une image de l'après-concert, nettement moins sérieux.. ;-)
De gauche à droite: la choriste Claude Gaume; votre louve blogophile, qui hurle en voix d'alto et pas que dans les nuits de pleine lune; le chef et soliste Alexandre Diakoff; la soprano Agnès Perret (duettiste avec moi).
07 juin 2008
Epuisée, heureuse et...
Mon mercredi de repos s'est transformé en étrange errance mythique à travers mon propre pays. Mon câlinou et moi avons flâné du bord du lac au coeur humide de la campagne, jusqu'aux aux crêtes du Jura couvertes de forêt. Le temps nuageux ne nous a pas effrayé; au contraire, la végétation nouvelle s'allumait d'un éclat fluorescent dans la lumière voilée, et c'était beau. Je ne sais pas ce que nous avons fait, peut-être avons-nous poursuivi l'eau, remonté ses voies. La même eau qui ruisselle des sommets des sapins, rejaillit dans l'ombre de la terre, des centaines de mètres plus bas, puis de plus en plus trouble coule vers le grand bassin du lac - en charriant tous ses mystères, les pensées inconnues des poissons et des oiseaux.
Même les champs avaient des yeux - de renards et chats sauvages.
Hier, changement brutal: la musique, la foule - nous nous sommes produits au festival des Voix du Prieuré. Comme j'ai déjà expliqué d'autres fois, nous formons un petit ensemble féminin + un soliste masculin, et chantons de la musique liturgique orthodoxe; hier par contre, nouveauté, avec une soprano j'ai chanté en duo - une difficile pièce contemporaine de Giacinto Scelsi, 8 minutes devant 400 personnes,
dont quelques spectateurs très avertis. Nous avons eu beaucoup de succès; et pourtant, c'était parfois si lourd que je devais chercher un peu de paix dans le cloître ou la crypte (merveilleuse église de Saint-Laurent, au Bourget-du Lac).
Avec les belles émotions et la passion, ce sont aussi les blessures de mon enfance qui se rouvrent. Dans l'intimité tout est beau et lumineux, mais au contact avec le monde les démons se réveillent; je lutte pour rester accrochée à la raison. Hier soir, l'attitude un peu déplacée d'une de mes camarades a suffi pour que le temps d'un instant je sois entièrement louve, et plus du tout humaine. J'étais choquée de ma propre réaction!

















