forgivemeIl a été stoïque. Il ne m'a laissé voir aucune émotion, a éteint le magnéto, s'est levé et est allé lentement récupérer le disque. "C'est très bien" il a simplement dit.

Et pourtant, je sais combien ces images revèlent ce côté de moi que les gens connaissent peu, celui qui dérange. Et je sais qu'il a compris, je l'ai senti à travers ses rares remarques, sobres et pudiques - les mots que j'ai si souvent entendu, abandon et abus, étaient au rendez-vous. Mais ils s'appliquaient à un quelqu'un hypothétique, à une image devinée, à un corps fantasmé au dessus des pieds déchaussés, au deça des mains occupées du film.

Quel cadeau précieux est l'expression plastique: après les jours de bagarre contre les matériaux qui ne veulent pas se plier, après les doutes, les aller-retour et les "j'ai trouvé", les choses - celles qui nous habitent - ne sont plus en nous mais dehors.

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Elles sont devenues autre chose que nous, les gens pourront les empoigner et manipuler, interprêter, aimer et détester, peu importe: car ce n'est plus nous mais des il, elle, ils, cette image, la pierre,  les lignes 15-22 ou des milliers parmi des millions de pixels. Des images. Elles vivront leur vie à travers le regard des autres; car elles ont besoin de ce regard de curiosité, de complaisance ou de haine, pour exister. Si leur forme interpelle ou plaît, elles deviendront tout le monde; les spectateurs parleront d'eux-mêmes en croyant parler d'elles, pris au piège comme autant d'ignares Narcisses.

Et nous les laisserons faire. Et de notre côté continuerons à vivre notre vie, plus légers.