28 janvier 2006

Le billet que je ne publierai pas

Mon histoire commence par un événement extraordinaire: j'ai failli être chassé du monde, et pourtant je suis là, comme un survivant, mon corps est là, mais comment vous dire sans vous faire sourire que toute une partie de mon âme a été chassée de votre planète sociale.

Boris Cyrulnik "Le murmure des fantomes"

rue_la_nuit

Beaucoup de gens qui me connaissent seraient bien surpris en lisant ces choses: c'est que d'habitude je n'en parle pas, c'est que je n'aime pas du tout en parler.

Lorsque j'étais encore très petite, j'ai rêvé une nuit que je me mettais en marche, seule, avec une petite valise de poupée, en pleine nuit. Je commençais à parcourir une rue interminable,  faiblement éclairée par de tristes reverbères, sous la pluie.

La justesse des images qui traversent l'esprit d'un enfant est étonnante.

Des fois je suis triste, en constatant que je ne suis jamais arrivée au bout de cette rue.

bonbon_2Heureusement, ma valise de poupée n'était pas vide. Sur ce site vous en voyez le contenu: conscience d'une réalité spirituelle et foi en cette réalité, passion de la musique et de la création d'images, amour de la nature et des animaux; ce sont là mes casse-croûte habituels,  tout ce qui m'a permis de tenir durant tout ce temps.


Pourquoi tant de blogueurs  confient  leur souffrances intimes au Net et à des lecteurs anonymes, dont ils ne connaissent pas le visage?

Ce qu'il y a de plus dur dans certaines histoires, c'est la difficulté de les partager. Il y a des expériences qui vous séparent à tout jamais des gens qui ont un vécu différent.  Contrairement à ce que prônent les conducteurs de certains groupes "soi-disant" thérapeutiques, livrer certaines histoires de vie aux autres n'est pas catartique; bien au contraire, ça vous expose à l'incompréhension, au rejet, à la minimisation, aux sarcasmes, aux remarques les plus maladroites, aux jugements. temple_gardens_copie

Il y a des histoires qui agressent par leur violence, qui menacent de tuer nos illusions. Confrontés à ces histoires, les gens réagissent par des mécanismes défensifs. ça les rassure de croire que des choses pareilles arrivent seulement à ceux qui d'une certaine manière les méritent. Ou bien ça les soulage de penser qu'une telle histoire n'est pas la leur, et parfois dans leur maladresse ils le montrent.

C'est pourquoi il est plus facile de se confier à quelqu'un dont on ne voit pas le visage, avec qui on n'a pas de contact direct: les réactions immédiates sont rarement les bonnes.

bonbon

Boris Cyrulnik est un des rares psys à avoir compris tout cela, raison pour laquelle j'ai une admiration inconditionnelle pour lui.

Posté par irene61 à 13:09 - - Commentaires [11] - Permalien [#]


Commentaires sur Le billet que je ne publierai pas

    Nous habitons un monde interprété par d'autres où il nous faut prendre place.
    Le paradoxe de la condition humaine, c'est qu'on ne peut devenir soi-même que sous l'influence des autres...
    extraits des nouritures affectives de Cyrulnik
    bonne journée

    Posté par double je, 28 janvier 2006 à 15:29 | | Répondre
  • "nourritures"
    suis-je tant troublée par lui ?

    Posté par double je, 28 janvier 2006 à 15:31 | | Répondre
  • >malcontenta

    décidément, nous risquons de nous battre un jour, tant nous aimons les mêmes hommes...)))

    Posté par lobita, 28 janvier 2006 à 16:36 | | Répondre
  • Tu ne vois pas mon visage. Et j'ai plus envie de me taire que de parler. Ta rue, pour moi, ce furent des voix étranges, derrière une porte, qu'aujourd'hui j'essaie à jamais de comprendre.

    Posté par delest, 28 janvier 2006 à 20:58 | | Répondre
  • mais finalement on se met aussi en danger sur un blog. Soulagement et petite appréhension en même temps. Il y a un autre moyen : raconter à un inconnu une histoire qui n'est que le travestissement de ce qu'on voudrait dire, en restant un peu détaché, mais au risque de gèner. Les conversations de train

    Posté par brigetoun, 28 janvier 2006 à 23:44 | | Répondre
  • > brigetoun

    Qu'est-ce qu'on fait lorsqu'on écrit une pièce, un roman, un poème, et même lorsqu'on réalise une image ou une installation, si ce n'est justement travestir ce qu'on voudrait dire. Et ce sont bien le travestissement et la distance apparente de l'auteur, qui vont permettre à son public de rentrer dans l'oeuvre, de s'y reconnaitre. Cette réponse vaut aussi un peu pour le commentaire de "double je"

    Posté par lobita, 29 janvier 2006 à 09:33 | | Répondre
  • Continue...

    ... à nous sortir tes belles choses de la valise.

    Moi j'ai pu voir que certains qui sortaient le "noir" sur leur blog parvenaient ainsi à s'en débarasser. Quel impact sur les lecteurs, quel facteur dans la perte des illusions ? Sais pas !
    Mais je crois qu'il est possible de développer rêves et imagination tout en acceptant les aspects troubles de l'humain et la réalité du monde. Je crois même nécessaire de marcher vers cette réconciliation.

    Et j'ai bon espoir sur des pratiques nouvelles en psychologie (je ne connais pas Cyrulnik) avec le développement de la sophrologie, par exemple.

    Oliv'

    Posté par PaysageMan, 29 janvier 2006 à 13:04 | | Répondre
  • >delest

    Je sais le mal que peut faire la non-compréhension des choses. C'est bien que tu coninues à chercher, mais attention aux moyens et méthodes que tu vas employer. Bonne chance à toi

    Posté par lobita, 29 janvier 2006 à 13:05 | | Répondre
  • En te lisant, je me suis reconnue : petite je partais également sur les routes du rêve, avec pour bagages des petites pochettes cousues dans un long manteau.
    J'ai encore cette pelisse remisée dans mon esprit et parfois je fouille dans les poches secrètes...

    J'admire aussi Boris !

    Posté par wictoria, 30 janvier 2006 à 10:45 | | Répondre
  • Billet sombre et fort

    Chère Lobita,
    Un passage bien sombre, Toi qui m'as permis d'apprivoiser les petites lumières de la nuit !!

    Ces rues-là, je les connais. Mes nuits en sont envahies. Et je m'y perds encore souvent, trop souvent.

    Mais tu vois, c'est avec beaucoup de respect que j'ai lu ton texte fort et beau. Parce qu'il faut bien du courage pour ouvrir son coeur. Du courage ...et de la Vérité. Depuis que je te lis, je découvre les deux. Et depuis que je te connais un tout petit peu mieux, je ne cesse d'en être persuadé. Garder certaines de ses images d'enfant, c'est parfois très pénible, mais c'est aussi garder son coeur d'enfant. Et c'est ce qui compte. Ce qui nous ramène à l'essentiel.
    Je te souhaite un peu d'insouciance, beaucoup de ciel bleu et plein de petits bonheurs !

    Posté par Dim, 31 janvier 2006 à 01:34 | | Répondre
  • >dim

    Merci Dim, un peu d'insouciance est ce qu'il me faut car j'en manque de façon chronique et innée (on est tous un peu anxieux dans ma famille, à de dégrés différents). Je crois que tu as parfaitement bien saisi le sens de mon message. Mes amis blogueurs! J'ai l'impression que vous me connaissez déjà mieux que les gens que je cotoie "physiquement" au quotidien!

    Posté par lobita, 31 janvier 2006 à 13:30 | | Répondre
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