14 novembre 2005

Encore une goutte de poésie?

vere_de_poesie

Quand j'étais petite, j'avais un hamster. Une petite boule de poils toute douillette.
Un jour, l'imprudent s'est blessé et je l'ai vu souffrir horriblement, se tordant des douleurs et saignant de partout.
Alors j'ai pris le courage à deux mains et je l'ai tué.
C'est la seule fois de ma vie où j'ai tué quelque chose d'autre qu'un moustique ou un moucheron.

Après, j'en ai été malade. Cela a duré des jours. Mes parents pestaient contre mon attachement morbide pour les petits animaux; pour eux je devais simplement "cesser d'exagérer" car l'événement "n'était vraiment pas bien grave".

Un jour j'ai discuté avec un monsieur d'un certain âge, ami de mes parents, et je lui ai raconté ma mésaventure. Le monsieur a semblé prendre extrèmement au sérieux mon histoire et a réfléchi.
"Tu vois" il a dit "autrefois, il y a très longtemps, des enfants cadets de nobles familles, déshérités, parcouraient l'Europe n'ayant d'autre biens au monde que leurs armes, leur honneur et leur cheval. On les appelait les chevaliers errants."
Là, évidemment, mes antennes de lectrice de romans d'aventure (j'en étais déjà une) se sont dressées.
" Lorsque le cheval était blessé de telle manière qu'il ne pouvait plus marcher, la bête était perdue. L'honneur du chevalier lui imposait d'achever son cheval pour lui épargner plus de souffrances. C'était un moment terriblement douloureux pour le chevalier qui n'avait presque rien d'autre au monde que sa monture."
Le monsieur parût réfléchir un peu. Je frissonnais. Achever un cheval! Cela ne devait pas ête une affaire très simple.
"Tu t'es trouvée placée devant le même choix douloureux que le chevalier, et tu as dû faire preuve du même courage" conclut-il.

Je ne peux pas vous en raconter beaucoup plus mais je vous garantis que je suis sortie de cette conversation me sentant consolée, valorisée et beaucoup plus grande qu'avant.

Il y a des gens comme ça, qui savent vous raconter votre vie en donnant un sens à tout ce qui s'y est passé.

Posté par irene61 à 10:15 - Commentaires [14] - Permalien [#]


Commentaires sur Encore une goutte de poésie?

    il en faut du courage pour laisser un être qu'on aime partir...

    Posté par Lunaba, 14 novembre 2005 à 15:26 | | Répondre
  • Je suis très ému par cette lecture .
    J'ai déjà vécu ce qui vous est arrivé .
    Il m'arrive encore d'en rêver la nuit .

    Pour moi ,il n'y a pas de différence entre un animal et un humain .
    Mes critères sont ceux ci :
    Est ce que je connais , que j'aime , que je respecte cette personne ou cet animal ?
    Selon ma réponse , homme ou animal ,sont du bon ou du mauvais coté .

    Posté par jean, 14 novembre 2005 à 16:22 | | Répondre
  • >lunaba > jean

    oui, il faut un courage énorme. D'autant plus que la petite aventure chevalresque du hamster n'a été qu'une sorte de prélude (de façon plus cynique on pourrait dire: de répétition générale) à un expérience que j'ai vécu plus tard avec un être humain. Pour cela je crois beaucoup à la puissance des contes et recits que nous avons entendu enfants: plus souvent qu'on ne le croit ils seront les modèles de notre comportement d'adultes.

    Posté par lobita, 14 novembre 2005 à 17:33 | | Répondre
  • Les paroles de réconfort et d'explication telles que te les a données ce monsieur ami sont plus salvatrices pour un enfant, que des remontrances injustifiées qu'il ne comprend pas

    Posté par mirae, 14 novembre 2005 à 22:49 | | Répondre
  • >mirae

    bien sûr, le discours de la raison ne peut rien dans ce genre de cas.

    Posté par lobita, 14 novembre 2005 à 23:05 | | Répondre
  • le respect de la vie passe quelquefois par des choix qui nous dépassent et qui sont tellement difficiles...
    mais je félicite ce monsieur pour ce qu'il t'a appris et je rajouterais simplement encore ceci:
    Il faut faire preuve d'un amour immense que pour laisser ou aider à partir celui ou ceux que l'on aime...il est souvent plus facile de s'accrocher à une illusion que de vivre une réalité et le respect de ce que l'on aime passe par l'acceptation de le voir heureux loin de nous...même dans la mort,si nécéssaire.
    amitié
    Nadine

    Posté par nadine, 14 novembre 2005 à 23:54 | | Répondre
  • >nadine

    merci nadine pour ce commentaire touchant. Je suis entièrement d'accord avec ce que tu écris (p.s.: quel est ton site?)

    Posté par lobita, 15 novembre 2005 à 12:46 | | Répondre
  • Fernando Pessoa

    Leva-me longe, meu suspiro fundo,


    Leva-me longe, meu suspiro fundo,
    Além do que deseja e que começa,
    Lá muito longe, onde o viver se esqueça
    Das formas metafísicas do mundo.
    Aí que o meu sentir vago e profundo
    O seu lugar exterior conheça,
    Aí durma em fim, aí enfim faleça
    O cintilar do espírito fecundo.

    Aí ... mas de que serve imaginar
    Regiões onde o sonho é verdadeiro
    Ou terras para o ser atormentar ?

    É elevar demais a aspiração,
    E, falhado esse sonho derradeiro,
    Encontrar mais vazio o coração.



    bisous

    Posté par nina, 15 novembre 2005 à 14:14 | | Répondre
  • >nina

    Merci. Je fonds comme une boule de glace au soleil portugais

    Posté par lobita, 15 novembre 2005 à 17:17 | | Répondre
  • Le Canal du Midi passe bien par Toulouse .
    Il relie la Méditerranée à l'Atlantique .
    De toutes façons ,je n'aurais pas souris
    si vous vous étiez trompée ,qui peut prétendre tout savoir ? Moi même , pourtant instituteur pendant presque 40 ans ,par étourderie ,je fais de nombreuses fautes d'orthographe !!!
    Je vous souhaite une très bonne soirée .

    Posté par jean, 15 novembre 2005 à 20:22 | | Répondre
  • La vie nous joue parfois des tours horribles... Mais c'est dans ces moments-là que l'on voit dans quelle étoffe ont est taillé...

    Posté par Elvira, 16 novembre 2005 à 00:49 | | Répondre
  • >elvira>jean

    >elvira: très sage reflexion! on ne peut pas éviter certaines expériences et on ne peut pas passer sa vie à fuire la douleur.
    >jean: merci! J'ai été à Tulouse et en plus j'aimais bien Nougaro.

    Posté par lobita, 16 novembre 2005 à 11:16 | | Répondre
  • >angeline

    bien sûr, si j'affirmais que jamais dans toute ma vie je n'ai éprouvé le désir de tuer quelqu'un, je mentirais. Mais je ne suis jamais passée à l'acte, car je ne crois pas qu'un meurtre repare le mal qu'on nous a fait: bien au contraire.

    Posté par lobita, 18 novembre 2005 à 16:45 | | Répondre
  • Tu as été très courageuse !

    Posté par Dan, 22 novembre 2005 à 18:12 | | Répondre
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