09 octobre 2005

Lobita à la télé

Depuis toute petite j'ai une grande antipathie pour cet objet qu'en espagnol on surnomme "la caja boba".
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C'était le voleur de mes soirées; dès que l'engin diabolique se mettait à fonctionner, les membres de ma famille se transformaient en pantins inertes, flasques, aux yeux vitrés. Plus de conversation, plus de communication, des "Chut!" et "Tais-toi" des qu'un enfant pipait un mot. En plus, l'obligation d'aller se coucher tout de suite si la chaste présentatrice de la RAI catholique annonçait que le film qui allait passer demandait "un pubblico maturo", en somme n'était pas pour les enfants.

Oui, la "caja boba", trad. française "boîte à conneries", la TV!

Depuis vendredi dernier ma relation à la la caja boba a pris un nouveau pli, par la force des choses: c'est que des amis m'ont persuadée à soumettre deux montages que j'avais réalisés à une chaîne de télévision suisse, et que cette chaîne a accepté de les diffuser. Dans l'entretien que j'ai eu avec le responsable, le monsieur m'a demandé si je regardais régulièrement telle ou telle émission; j'étais embêtée comme tout, je ne regarde JAMAIS la télé, moi... J'ai un vieux poste pourri couvert de poussière dans le coin d'une pièce, toujours froid... Bon d'accord, de temps à autre je regarde les reportages de la chaîne "Animaux", mais cela n'est vraiment pas représentatif de l'image télévisée en général.

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Comment peut-on produire des films pour la télévision, alors qu'on ne la regarde jamais et qu'on la déteste même franchement? Ayant passé les premières années de ma vie avec mes grand-parents, mes repères sont ceux d'un monde plus ancien; si vous voulez savoir quelles étaient les principales distractions de mes soirées hivernales de petite fille, les voici: les contes de fée racontés par grand-maman et le théâtre dialectal émilien, dont mon grand-père était le champion.

C'est que la passion pour l'image vidéo m'est venue de la perspective de produire et non pas de celle de consommer.
Le travail sur l'image vidéo a ceci d'extraordinaire: l'art de raconter et de construire une fiction, l'aspect rythmique qui caractérise la musique et la poésie, la manipulation de l'image (qui peut devenir même picturale), se trouvent réunis en un même processus.
Le spectateur ignore tout du processus d'élaboration du produit qu'il regarde et en subit la fascination, prend souvent pour de la réalité ce qui n'est que manipulation, est totalement piégé. Celui qui produit tient le coûteau par le manche, et dispose d'une palette presque illimitée de ruses. C'est fort et ça pose beaucoup de questions.

J'ai envie de citer quelques phrases de Morgan Sportès, écrivain français d'origine algérienne: "J'exterminerais le réel par sa représentation symbolique (...) Le mot est le meurtre de la chose. Tout homme parlant, et combien plus tout écrivain, est un assassin (...) On s'amuse comme on peut." (Morgan Sportès, "L'enfance d'un cheikh", dans " Une enfance d'ailleurs" par N. Huston et L. Sebbar, Editions Je l'ai lu, Paris, 2002)

P.S. le petit loup que vous voyez de temps à autre dans mes billets s'appelle "Lupo Alberto", c'est une création de Silver, et vous apprendrez à mieux le connaître sur http://www.lupoalberto.it

Posté par irene61 à 18:19 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Lobita à la télé

    je te rassure t'es pas la seule. J'ai une télé mais pas d'antenne. Je fais le mec qui oublie tjs d'en acheter une. En gros elle sert de déco.
    La télé me fait chier, j'y peux rien.

    Posté par Klint, 12 octobre 2005 à 12:07 | | Répondre
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